Games Done Quick a tenu fin août son premier événement européen, à la gamescom de Cologne. Trois jours de speedrun devant des milliers de personnes, dans le plus grand salon de jeu vidéo du monde. Total récolté : 18 000 euros. Le chiffre mérite qu’on s’y arrête.
Ce qui s’est passé à Cologne
Le gamescom GDQ s’est déroulé du 28 au 30 août au Koelnmesse, dans le cadre de la gamescom. Trois jours de runs joués sur place, diffusés en parallèle sur les chaînes Twitch et YouTube de l’organisation. Les dons allaient à Gaming for Democracy. C’était, comme nous l’annoncions dans notre preview, la première sortie de GDQ hors des États-Unis en quinze ans d’existence.
L’événement s’est bien tenu : salle remplie, diffusion assurée, format respecté. Rien n’a raté. C’est le résultat financier qui interroge.
18 000 euros, et pourquoi c’est peu
Pour situer, il faut deux points de comparaison, et ils viennent tous les deux de la même famille d’événements.
Le premier est interne à GDQ. Flame Fatales, le marathon de speedrun de la bannière Frame Fatales, se joue entièrement en ligne : pas de salle, pas de public sur place, pas de salon. Son édition 2025 a réuni 154 389 dollars. Un marathon sans lieu a donc rapporté environ huit fois plus que la première européenne organisée dans le plus grand salon du secteur.
Le second est français, et il vient de s’achever. Le ZEvent, marathon caritatif de streamers lancé en 2016, a bouclé sa dixième et dernière édition dans la nuit du 6 au 7 septembre sur un record de 32,89 millions d’euros, près du double de son précédent sommet. Les deux formats ne sont pas comparables ligne à ligne, un plateau de 325 créateurs grand public n’étant pas un plateau de speedrunners. Mais l’ordre de grandeur dit quelque chose : sur le même terrain du marathon caritatif de jeu vidéo, l’écart se compte en milliers de fois.
Trois raisons possibles, et une inconnue
Le format GDQ repose sur une mécanique précise : un compteur de dons qui monte en direct, des paliers débloqués par le public, des défis de run financés par les spectateurs. Elle fonctionne quand une communauté suit le flux pendant une semaine entière et se prend au jeu de la cagnotte.
- Trois jours au lieu d’une semaine. Les grosses éditions américaines tiennent sept jours, ce qui laisse le temps à la dynamique de dons de s’installer
- Un public de salon, pas un public de flux. À la gamescom, les visiteurs passent devant une scène parmi des centaines. Ce n’est pas la même attention qu’un spectateur installé devant un stream
- Une association inconnue du public européen. La force de frappe caritative de GDQ tient aussi à des partenaires installés depuis des années auprès de sa communauté
L’inconnue, c’est l’intention. GDQ n’a pas dit si cette première européenne visait un résultat financier ou une implantation. Poser un pied à la gamescom, se faire connaître d’un public qui ne regarde pas les marathons américains décalés de six à neuf heures, ça peut valoir plus qu’une cagnotte sur une première édition.
Le créneau se libère au pire moment
Le calendrier ajoute une couche. Le ZEvent vient de tenir, du 4 au 7 septembre, sa dixième et dernière édition, et l’a terminée sur le plus gros total de son histoire. Le plus gros marathon caritatif de jeu vidéo francophone s’arrête donc, volontairement, au sommet.
Un espace se libère, et la question de savoir qui l’occupera est ouverte. Sur la base de ces 18 000 euros, ce ne sera pas GDQ à court terme. L’organisation a démontré qu’elle savait tenir un événement en Europe. Elle n’a pas encore démontré qu’elle savait y lever de l’argent.
Le prochain rendez-vous du calendrier GDQ dira si Cologne était un galop d’essai ou un plafond. En attendant, le format le plus rentable de l’organisation reste celui qui ne coûte pas une salle : le marathon en ligne, dont notre recap de la SGDQ donne la mesure sur une grosse édition.