Le plus gros tournoi esport de l’été s’est joué à Paris, et une discipline y a couru sans que la presse française s’y attarde : Trackmania. Elle a pourtant offert à la France son champion du tournoi, Gwendal « Gwen » Duparc. Le jeu sort d’un studio français, sa compétition est née pour un tournoi français en 2006, et la France y pèse 415 427,63 dollars de gains cumulés, près de trois fois le pays suivant. Quand on dresse la liste de l’esport français, on cite Valorant, League of Legends et Counter-Strike, presque jamais Trackmania. On t’explique comment se court une compétition Trackmania et pourquoi son format ne ressemble à rien d’autre.
Un jeu écrit pour un tournoi français
TrackMania Nations ESWC sort le 27 janvier 2006. Le studio français Nadeo ne le conçoit pas pour le grand public : il le développe pour l’Electronic Sports World Cup, le tournoi français dont le jeu porte le nom jusque dans son titre, et le distribue gratuitement. Trois choix de départ tiennent encore : une voiture unique, la Stadium, identique pour tout le monde ; l’accès sans barrière ; la représentation par nation. Vingt ans plus tard, Nadeo est une filiale d’Ubisoft, et l’éditeur fête 2026 comme le vingtième anniversaire de ce lancement.
La définition du genre, on l’a posée dans notre article sur ce qu’est l’esport. Trackmania en est un cas limite.
Personne à affronter, une piste à battre
Sur un serveur Trackmania, les voitures se croisent, se superposent, se traversent. Elles ne peuvent pas interagir physiquement entre elles. Pas de contact, pas de blocage, pas de peinture échangée dans un virage. Ce que tu vois à l’écran ressemble à une course ; ce que tu joues est un contre-la-montre couru en même temps que quinze autres.
La conséquence est nette. Pas de stratégie de course, pas de défense de trajectoire, pas d’aspiration à prendre. Il reste la piste, la même voiture pour tous, et l’écart que ta main sait produire. Cet écart se compte en centièmes, et une seule erreur de freinage suffit à te sortir de la manche.
Le Knockout, le format qui fait le spectacle
Le rendez-vous de base s’appelle la Cup of the Week. Elle se joue en mode Knockout, sur une piste de la campagne saisonnière en cours, selon le règlement officiel de Nadeo.
Première phase, la qualification. Tu as dix minutes pour boucler la piste, puis cinq de plus pour améliorer ton temps. Si tu ne finis pas dans les dix premières, tu ne verras pas la suite. Ton meilleur temps sur ces quinze minutes te place dans une division de niveau, soixante-quatre joueurs au maximum. Seule celle du haut, le serveur 1, rapporte des points.
Deuxième phase, le Knockout. Tout le monde part en même temps à chaque manche. À l’arrivée, les derniers et ceux qui n’ont pas fini sont éliminés. La première manche sert d’échauffement et ne sort personne. Ensuite, deux joueurs partent par manche tant qu’il en reste plus de seize, puis un seul jusqu’au duel final. Un match compte quinze manches en KO1 et vingt-quatre en KO2. Le dernier en piste gagne.
C’est ce qui rend la discipline lisible pour qui n’a jamais touché au jeu. Pas besoin de connaître un roster ou une méta : le survivant est à l’écran, et le nombre de voitures baisse à chaque manche.
L’Elite Cup, un classement qui se joue depuis ton canapé
Pour 2026, Nadeo a branché la qualification internationale sur ce rendez-vous hebdomadaire. Dix Cups of the Week, jouées sur les dix pistes noires des saisons Hiver et Printemps 2026, forment l’Elite Cup. Chacune distribue des points aux soixante-quatre premiers du serveur 1, et seuls tes cinq meilleurs résultats comptent.
Le calendrier a couru du 14 février au 30 mai, à 17 h CET. Aucune inscription n’était demandée : les serveurs restaient ouverts à tout possesseur du Club Access, sur PC, Xbox, PlayStation et Luna. Le classement a fermé le 31 mai 2026. Les huit premiers décrochaient l’Esports World Cup, les seize premiers, un par nation, l’Esports Nations Cup de novembre.
| Rang | Joueur | Pays | Équipe |
|---|---|---|---|
| 1 | Mudda | Australie | ROC Esports |
| 2 | Wosile | France | GEN.G Esports |
| 3 | GranaDy | Allemagne | BIG |
| 4 | Binkss | France | All Gamers Global |
| 5 | Nayko | France | FUT Esports |
| 6 | Massa | Allemagne | BIG |
| 7 | Bren | France | Twisted Minds |
| 8 | Epos | Royaume-Uni | Team Liquid |
Quatre Français sur huit. Un détail compte pour lire ce tableau : cinq de ces huit pilotes avaient déjà validé leur place à Paris via le tournoi de la DreamHack Birmingham, du 27 au 29 mars. Leurs sièges Elite Cup sont descendus aux suivants du classement, et c’est ainsi que Gwen, Otaaaq, Soulja, mime et Affi ont rejoint le plateau.
Ce qui s’est joué à Paris, et qui l’a gagné
Trackmania a été annoncé le 19 janvier 2026 comme le vingt-quatrième et dernier jeu de l’Esports World Cup 2026. La compétition s’est tenue au Paris Expo Porte de Versailles, dans la salle Lenovo Legion Gauntlet, du 19 au 22 août : trente-deux pilotes, 500 000 dollars, et une première pour le titre. Nadeo souligne la boucle, la première Trackmania World Cup s’étant tenue à Paris vingt ans plus tôt.
Le format tenait en deux temps. D’abord deux groupes de seize en double élimination, en Cup mode : 10, 6, 4 et 3 points par manche selon la place, jusqu’à une limite de 140 points, les huit premiers de chaque groupe qualifiés. Puis un tableau à élimination directe, refermé sur une finale à quatre disputée en vingt et une manches.
Gwen en a remporté onze sur vingt et une et empoché les 130 000 dollars du vainqueur. Derrière lui, le Britannique Robert « Epos » McKay (Team Liquid) prend la deuxième place, et Team Vitality place ses deux pilotes au pied du podium : Thomas « Pac » Cole troisième, le Polonais Hubert « mime » Dziedzic quatrième. La victoire rapporte au passage mille points à AG.AL au classement des clubs du tournoi.
On a détaillé le programme et les enjeux tricolores dans notre guide de l’Esports World Cup 2026 à Paris et dans notre point à mi-parcours sur les clubs français. Team Vitality, dont on a aussi suivi la campagne CS2 sur place, alignait ici Pac et mime.
La France pèse plus lourd que partout ailleurs
Les gains cumulés racontent la même histoire que la naissance du jeu.
| Pays | Gains cumulés | Joueurs primés |
|---|---|---|
| France | 415 427,63 $ | 296 |
| Canada | 141 050,60 $ | 30 |
| Allemagne | 129 560,68 $ | 150 |
| Royaume-Uni | 120 138,54 $ | 48 |
| Tchéquie | 69 948,99 $ | 30 |
| Australie | 60 558,89 $ | 24 |
La France arrive en tête avec près de trois fois les gains du Canada, et surtout avec 296 joueurs primés, un vivier que personne n’approche. Sur les trente-deux pilotes présents à Paris, on a vérifié fiche par fiche six nationalités françaises : Wosile, Binkss, Nayko, Bren, Gwen et Otaaaq.
Cette avance a une limite. Le plateau 2026 est international : l’Australien Mudda a fini premier de l’Elite Cup, le Canadien Carl Jr. reste le pilote le mieux doté de l’histoire du jeu avec 128 097,64 dollars, et l’Allemagne place deux hommes de BIG. La France fournit le plus gros contingent et le plus long passé, pas une hégémonie sportive.
Les gros événements sont là, le circuit maison est à l’arrêt
Le circuit officiel de Nadeo, d’abord Trackmania Grand League puis Trackmania World Tour, ne se joue pas cette année. La formule vient de l’éditeur : en 2026, le World Tour « prend une pause », le temps de concentrer les moyens sur l’Esports World Cup et l’Esports Nations Cup. Nadeo dit continuer à épauler les organisateurs tiers, licence et financement à l’appui.
L’autre pilier français avait disparu plus tôt. La ZrT Trackmania Cup, lancée par le streameur ZeratoR en 2013, a tenu dix éditions. La dernière, le 4 juin 2022 à l’Accor Arena de Paris, a réuni 15 000 personnes dans la salle et culminé à 185 486 spectateurs en ligne au même moment. ZeratoR a annoncé dans la foulée que la compétition ne serait pas reconduite sous ce format, et aucune édition n’a suivi.
Reste le rendez-vous de novembre. L’Esports Nations Cup se tient du 19 au 22 novembre 2026 à Riyad, avec 250 000 dollars et un format par nations : quatre groupes de huit, en 1v1v1v1. Vingt ans après un jeu bâti pour faire courir des pays les uns contre les autres, la discipline revient à son point de départ. C’est le genre de fil qu’on tire dans notre approche de l’actu esport française.
Méthode et sources
Les règles de jeu, le calendrier et les conditions de qualification viennent du règlement officiel de l’Elite Cup publié par Nadeo, version 1 du 5 février 2026, et des annonces esport de Trackmania du 26 janvier 2026. Le format, les groupes et la répartition des gains de l’Esports World Cup sont recoupés entre la page officielle de la compétition, sa billetterie et la fiche Liquipedia, consultées le 19 août 2026.
Nationalités et équipes ont été vérifiées une par une sur les fiches joueurs Liquipedia le 19 août 2026, puis recoupées avec Esports Earnings. Les gains par pays viennent d’Esports Earnings, relevés le 19 août 2026 : ce sont des cumuls de dotations déclarées, hors salaires et sponsoring. L’audience de la ZrT Trackmania Cup vient d’Esports Charts, son historique d’éditions de la fiche Wikipédia du tournoi.
Ce que cet article laisse de côté. On a contrôlé la nationalité de six pilotes sur les trente-deux du plateau : ce six est un plancher vérifié, pas un total. Le tournoi démarre le jour de la publication, donc aucun résultat n’est cité. Le règlement de l’Elite Cup mentionne encore Riyad pour l’Esports World Cup, l’édition ayant été déplacée à Paris après sa rédaction, ce que confirment la billetterie et la page officielle. Notre base de fiches joueurs ne contient à ce jour aucun pilote Trackmania.