Le chrono qui tourne en haut du stream, les segments qui virent au vert ou au rouge, le temps final affiché à la frame près : derrière la plupart des records du speedrun, il y a LiveSplit. Ce guide t’explique ce que fait ce timer open source, comment le configurer pour ta première run, et comment structurer tes débuts de speedrunner, du choix du jeu jusqu’au matériel.
LiveSplit, le chronomètre standard du speedrun
LiveSplit est un timer de splits : un chronomètre qui découpe une run en segments et compare chaque temps intermédiaire à tes références. Le projet est gratuit, open source sous licence MIT, et son code vit sur GitHub. La version classique tourne sous Windows, où elle s’est imposée comme l’outil de référence de la scène : c’est elle que tu vois à l’écran dans la plupart des streams de speedrun.
Au moment d’écrire ce guide, la version stable est la 1.8.37, distribuée sur livesplit.org. Le site officiel met en avant deux points qui ont fait sa réputation : une intégration complète de speedrun.com (consulter les classements, récupérer des splits, soumettre ses runs) et un chronométrage recalé sur une horloge atomique via Internet, pour corriger les dérives d’horloge de ta machine.
Les fonctions qui comptent pour tes runs
Le cœur du logiciel tient en quelques briques, toutes pensées pour la même chose : mesurer ta progression sans te mentir.
| Fonction | Ce que ça t’apporte |
|---|---|
| Splits | Découpage de la run en segments, temps intermédiaires comparés en direct |
| Comparaisons | Personal Best, Sum of Best, moyenne des runs, changement possible en pleine run |
| Game time | Chrono calé sur le temps in-game quand le jeu s’y prête |
| Autosplitters | Déclenchement des splits par le jeu lui-même, sans appui manuel |
| Intégration speedrun.com | Classements, récupération de splits, soumission de runs |
| Layouts | Apparence du timer personnalisable de bout en bout |
| Courses en ligne | Compatibilité SpeedRunsLive et racetime.gg pour les races |
La comparaison la plus parlante pour progresser s’appelle le Sum of Best Segments : la somme de tes meilleurs temps sur chaque segment, tous essais confondus. Ce total représente ta run théorique parfaite. L’écart entre ton Personal Best et ton Sum of Best te dit où tu en es : s’il est énorme, ta marge de progression reste large ; s’il se resserre, il faudra retravailler la route elle-même.
Les autosplitters retirent l’humain de l’équation : un script lit l’état du jeu et déclenche les splits au bon moment, sans appui de ta part. Pour beaucoup de titres, LiveSplit détecte automatiquement qu’un autosplitter existe et te propose de l’activer, tout comme la gestion du game time, ce chrono aligné sur le temps in-game qu’utilisent de nombreux leaderboards. La documentation des Auto Splitters, maintenue sur le GitHub du projet, référence les scripts disponibles jeu par jeu.
LiveSplit One, la version qui tourne partout
La version classique reste liée à Windows (elle est écrite en C#, avec une interface WPF). Pour tous les autres systèmes, l’équipe développe LiveSplit One, une réécriture bâtie sur la bibliothèque multiplateforme livesplit-core. Elle s’utilise dans le navigateur, sur one.livesplit.org, depuis un PC comme depuis un téléphone : le dépôt GitHub annonce la compatibilité avec les versions récentes de Chrome, Firefox et Safari, iOS et Android compris.
Une version de bureau existe aussi, avec la prise en charge des raccourcis clavier globaux, mais le README prévient qu’elle n’est pas encore optimisée pour cet usage et qu’elle n’embarque pas de mécanisme de mise à jour. Pour le stream, un plugin officiel, obs-livesplit-one, intègre LiveSplit One comme source native dans OBS Studio sous Windows, macOS et Linux, avec splits, layouts et raccourcis configurés dans OBS.
Et si tu veux une alternative ?
La communauté maintient d’autres timers libres pour les systèmes délaissés par la version classique : LibreSplit et urn côté Linux, Splitter côté macOS, ou encore Mist, écrit en Rust et multiplateforme. Aucun n’offre l’écosystème de LiveSplit, mais tous couvrent l’essentiel : splits, comparaisons et sauvegarde de tes temps.
Installer LiveSplit et préparer ta première run
L’installation se résume à télécharger l’archive sur livesplit.org, la décompresser dans un dossier et lancer l’exécutable. Pas d’installateur : tout vit dans ce dossier, et lors d’une mise à jour il suffit de copier ton fichier settings.cfg de l’ancien dossier vers le nouveau pour conserver tes réglages, comme le rappelle la page de téléchargement. Ensuite, quatre étapes suffisent.
- Clic droit sur la fenêtre du timer, puis Edit Splits : renseigne le jeu, la catégorie et la liste de tes segments. L’intégration speedrun.com permet de récupérer des splits existants, et Open Splits From File importe ceux d’un autre logiciel.
- Dans les réglages, assigne tes raccourcis : démarrer et splitter, annuler un split, en sauter un, mettre en pause, reset. Active les hotkeys globaux pour qu’ils répondent pendant que le jeu a le focus.
- Avec Edit Layout, compose l’affichage : liste des splits, gros chrono, Sum of Best, compteur de tentatives. Tout est modulable.
- Sauvegarde tes splits dans un fichier dédié après chaque session : c’est lui qui contient tout ton historique de temps.
Pour diffuser ta run, la méthode courante avec la version Windows reste la capture de fenêtre dans OBS ; avec LiveSplit One, le plugin cité plus haut fait le travail en natif.
Bien débuter : choisir ton jeu et ta catégorie
Le bon premier jeu de speedrun est un jeu que tu connais par cœur et que tu peux relancer cent fois sans lassitude. Sur speedrun.com, chaque titre dispose de son leaderboard, découpé en catégories aux règles écrites : Any% pour finir le jeu au plus vite, 100% pour tout compléter, plus des catégories propres à chaque jeu. Commence court : une catégorie de dix à trente minutes te laisse enchaîner les tentatives et progresser vite, là où une run de trois heures punit chaque erreur tardive.
Pour apprendre une route, appuie-toi sur les ressources du leaderboard : guides, splits partagés, vidéos des meilleurs temps. Regarde aussi des runs commentées, les marathons en regorgent : notre récap du SGDQ 2026 et celui de l’ESA Summer 2026 donnent un bon aperçu de ce que la scène produit cette année. Travaille ensuite segment par segment : maîtrise chaque portion isolée avant d’enchaîner des runs complètes, et vérifie dans les règles de ta catégorie ce qui est autorisé (versions du jeu, patchs, sauvegardes d’entraînement).
Resets et régularité, la vraie mécanique de progression
Le reset fait partie du jeu. Une run qui perd trop de temps sur les premiers segments ne vaut pas la peine d’être terminée quand ton objectif est le PB : tu coupes, tu relances. Les records extrêmes, comme le passage sous les 7 minutes sur Minecraft, se construisent sur d’innombrables tentatives abandonnées au bout de quelques secondes.
En début d’apprentissage, fais pourtant l’inverse : termine tes runs, même mauvaises. Chaque run complète nourrit ton Sum of Best, cale tes repères et t’apprend à gérer les segments de fin, ceux qu’on ne travaille jamais assez. La régularité prime sur l’exploit : des sessions courtes et fréquentes battent la grosse session du dimanche, et le timer te le montrera split après split. C’est aussi toute l’exigence du direct : en marathon, une seule tentative, zéro reset, comme le rappelait la sélection de runs de notre preview de l’ESA Summer 2026.
Le matériel utile pour commencer
Aucun setup hors de prix n’est requis. Premier point, un périphérique d’entrée fiable : une manette sans drift de stick, aux gâchettes régulières, ou un clavier dont tu connais le comportement en cas d’appuis simultanés. Les inputs ratés pour cause de matériel fatigué sont la pire source de resets évitables.
Deuxième point, un écran à faible latence : un moniteur en mode jeu, débarrassé de ses post-traitements, réduit le décalage entre ton appui et ce que tu vois, ce qui pèse lourd sur les jeux à timing serré. Les téléviseurs de salon avec traitements d’image actifs ajoutent un retard sensible : sur console, cherche le mode dédié au jeu. Dernier point, de quoi enregistrer tes runs : la plupart des leaderboards demandent une vidéo comme preuve, et une capture d’écran logicielle sur PC ou un boîtier d’acquisition sur console suffit. Ton chrono, lui, est déjà prêt : installe LiveSplit, pose cinq splits et lance ta première run complète ce soir.